î·25045· Marcher : « une fugue en mode mineur… »

Alors que je me rends à La Touche près de Génac en Charente pour participer aux 8èmes rencontres de piano classique improvisé du festival Festi’impro, je commence dans le train la lecture du livre de Jean-Louis Etienne : « Dans mes pas » (Ed.Paulsen, 2017).

Dès le premier chapitre, je suis saisi d’émotions par les premières phrases du grand explorateur contemporain :

Souvent, je me lève et je pars pour quelques heures à pied, c’est aussi simple que cela. Ces fugues en mode mineur ouvrent une brèche dans le fil des jours. Elles en interrompent le flux, elles questionnent un mode de vie, elles interpellent les évidences. Elles ne rejettent pas ce que je suis, ce que je fais. Elles crient simplement « pouce » !
Parfois je fuis un malaise diffus, un sentiment flou et prégnant de m’être égaré dans un monde qui n’est pas le mien. Plutôt que d’étouffer, je pars. La décision s’impose à moi. La fugue n’est pour moi ni un voyage, une promenade, ni une errance, encore moins une fuite irresponsable. Elle relève d’un ressaisissement. S’accorder à son souffle en empruntant un chemin de traverse simplifie tout.

Je comprends alors pourquoi depuis plusieurs mois, marcher m’est devenu si nécessaire. « Fuguer » le soir au crépuscule ou le matin aux aurores afin de s’extraire et savourer le monde, lentement. Réapprendre et rééduquer le corps à la liberté de se mouvoir sans but ni contrainte. S’autoriser à ne dire à personne où l’on va… même pas à soi. Il s’agit de marcher pour se sentir vivant, en accordant sa respiration et sa locomotion à la nature des choses, qu’elles soient urbaines, rurales ou humaines. Lorsque l’harmonie entre le corps, l’esprit et la nature des choses s’installent vous devenez un instrument : un instrument de musique, un instrument de joie. J’aime de plus en plus jouer et créer avec cet instrument. 

Mon train arrive à Angoulême. Georges, artiste et bénévole co-organisateur  de Festi’Impro, est venu me chercher à la gare. Il m’accueille avec un sourire lumineux et m’emmène rejoindre le lieu-dit où se joue le festival : Le Petit Chemin.

Ecoutez Un petit chemin par POL

Tous droits réservés – © Paul Lyonnaz dit POL – 2018

NOTE FINALE : Ce thème musical a émergé en improvisation instantanée en août 2014 alors que j'étais en résidence d'enregistrement de l'album CD Résidence(s), chez Céline Ferrandino, mon hôte artistique. Avant mon arrivée sur place, elle avait déposé à mon attention, sur le piano, une magnifique carte. Intitulée « La voie », elle contenait un poème de Claude Margat, comme un haïku. La surprise, la puissance de son auteur et « l'invitation » de Céline m'avaient immédiatement transporté vers le piano pour y accueillir cette musique.

Pour aller du côté sans chemin, 
je connais le chemin.  
C'est tout de suite ailleurs.

Claude Margat

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