î·25005· Soeurs jumelles

Pour moi, il n’y a aucun doute. L’eau et la musique sont soeurs jumelles. L’une et l’autre constituent chacune un élément naturel et vital pour l’être humain. Vous me direz qu’on ne meure pas de pénurie de musique. Mais, je pense qu’il est tout de même possible de reconnaître que la musique joue un rôle très important dans nos vies. Elle est à la fois facteur et expression de libération, d’émancipation individuelle et collective. Une musique qui émerge de l’esprit et du corps de la compositrice ou du compositeur, je me la représente comme un écoulement ; la musicienne ou le musicien étant devenu·e un canal vivant. Elle ou il a alors réussi, le temps d’un instant fugace, à placer sa « lumière » dans le bon axe pour réceptionner le flux de musique émanant dont ne sait où. Cet alignement entre la source inconnue et le jaillissement sur l’instrument ou la partition est un phénomène difficile à contrôler, par nature. Même l’exercice régulier – que je ne pratique évidemment pas assez –  ne me semble pas suffisant pour atteindre la maîtrise. Là encore, patience et humilité, et longue observation, écoute posée du flux et du flot continu de l’eau et de la musique nous aideront peut-être à mieux comprendre, avec tout notre corps et notre esprit, et surtout l’âme, pour parfois parvenir à lâcher-prise et se laisser traverser, sans se noyer.

Le clapotis de mon coeur fait tanguer ma barque.
La branche de l’arbre cassé remonte le courant.
La fin est proche, bientôt elle 
transpercera ma coque.
Et il ne me restera plus qu’à sombrer.

î·24983· S’accorder…

Il me faut vraiment m’y mettre. Les premières échéances avec le quatuor Lil’O sax approchent déjà. Et mon esprit peine encore à réaliser que la campagne de financement participatif ProArti/Sacem est close depuis plus de deux mois et demi. Avec l’équipe de LILASSO et les membres du quatuor, nous nous sommes mis d’accord sur les modalités du contrat de commande et sa signature. Nous nous sommes aussi mis d’accord sur le calendrier prévisionnel de travail en écriture et en préparation du concert de création envisagé à la mi-novembre 2018. Tout est à peu près calé comme on dit. Mais en ce moment, je ressens qu’il reste une personne qui n’est pas encore vraiment prête : moi-même.
Le grand compositeur lettonien Arvo Pärt exprime de façon magistrale et pieuse* ce délicat équilibre qu’il faut parvenir à incarner pour être « accordé ».
Le maestro contemporain nous dit humblement ceci :

Le plus sensible des instruments de musique est l’âme humaine. Le suivant est la voix humaine. Il faut parvenir à purifier l’âme jusqu’à ce qu’elle commence à sonner.
Un compositeur est un instrument de musique, et en même temps un interprète sur cet instrument. L’instrument doit être en ordre pour produire du son.
Il faut commencer par cela et non avec la musique. A travers la musique, le compositeur peut vérifier si cet instrument est accordé, et à quelle touche il est accordé.

Lorsque mon regard se pose sur la pièce encombrée d’où j’écris actuellement ces quelques mots, je comprends que j’ai encore bien des choses à mettre en ordre. J’en suis bien d’accord !

(*) visionnez la vidéo YouTube Arvo Pärt’s Speech from his Musical Diaries (May 2014) 

î·24950· La brueto de sonĝo

Ĉio komencas kun infana bruo. La brueto de sonĝo. Sonĝo falita en forgeson. Kiel kristalo-pilko eksaltanta en eterna movado, fragila metronomo de vivo, kiu povas eksplodi en ajna momento. Alucinado aŭ alvokiĝo, ĉi tiu sono allogas vin por ĉiam kaj eterne. Kiel eĥo al via korbatato, sono ekster la tombo, kiu preterpasas vian konsciencon. Se mi nur sukcesus aŭdi denove ĉi tiun pulsadon, ĉi tiu malgrandan amniotan muzikon. Ĉu eble mi aŭdus ĝin denove kiam mi forlasos ĉi tiun mondon?